Pesticides : la ruralité en quête d'un compromis

henri boguet maire de fontoy medecin de profession a pris un arrete contre les neonicotinoides photo rl pierre heckler 1568305132Alors que débute la consultation gouvernementale en ligne sur l’usage des pesticides, quelles règles fixer en matière d’épandage, notamment à proximité des habitations ? En Lorraine, deux arrêtés d’interdiction, pris par les communes de Fontoy et Florange, ont connu des fortunes diverses.

« Il est grand temps de réagir et d’adapter notre législation » s'insurge Henri Boguet. À 79 ans, l’édile de Fontoy, entre Metz et Thionville, boucle son 8e mandat. Médecin de profession, l’élu confesse son « effarement » devant l’explosion des cancers digestifs. « La faute aux composants chimiques qui polluent notre environnement et notre alimentation », diagnostique-t-il.

En haut du tableau, les pesticides sont dans le collimateur de l’opinion publique. En février 2017, la municipalité mosellane adopte un arrêté interdisant l’utilisation sur le ban communal des néonicotinoïdes incriminés dans la mortalité des abeilles. Soit quelques mois avant le vote au Parlement d’un texte fixant le retrait du marché de l’insecticide au 1er septembre 2018.

Décision repoussée, par le jeu des dérogations, au 1er juillet 2020. Les quelques exploitants agricoles de Fontoy (600 hectares) assurent ne pas en utiliser. « Je les crois sur parole, mais il s’agissait de marquer le coup »

N’empêche, saisi par le préfet, le tribunal administratif casse l’arrêté en 2018. Et ce, en dépit des 53 000 signatures favorables recueillies en un an. À son tour, Florange fait voter une motion et publie, le 9 juin 2017, un arrêté du même type. Curieusement, celui-ci n’a fait à ce jour l’objet d’aucune poursuite. « C’est vrai que nous n’en avons pas fait la pub », temporise le maire Rémy Dick. « Nous voulions donner un coup de gueule. Nous n’avons exercé aucune contrainte ni verbalisation. C’est un engagement militant. Sur un sujet concernant la santé des populations, le maire devrait avoir son mot à dire, dans le cadre d’une démarche proportionnée aux enjeux. Et l’intervention de l’État se limiter aux abus de pouvoir »

« Les utilisateurs sont les premiers exposés »
La crainte des pesticides, Laurent Rouyer la comprend d’autant mieux qu’il n’en nie pas les dangers. Président de la chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle, l’exploitant suit le dossier en qualité de référent agro-environnement pour le Grand Est. « En 10 ans, on a beaucoup avancé, pris le problème à bras-le-corps, formé la profession, notamment pour limiter la dérive hors parcelle des pulvérisations. Lesquelles ont lieu le matin, le soir ou la nuit. N’oublions pas que les utilisateurs sont les premiers exposés. Nous travaillons sur du vivant, avec des paramètres complexes, la météo, le climat… Le temps de l’agriculture n’est pas celui de la société » La bonne distance des zones tampons ? « C’est un débat politicien. Des mesures de distance, pourquoi pas ? Mais il faut aussi replanter des haies, des bosquets, des bandes enherbées. »

Lui-même a montré l’exemple. Polyculteur-éleveur à Essey-et-Maizerais, près de Pagny-sur-Moselle, le producteur a modifié ses pratiques, avec l’appui de la chambre et de l’agence de l’eau. Moyennant une réduction de 50 % en cinq ans de son utilisation des pesticides, il a pu bénéficier d’une aide financière lui permettant d’opérer la transition.

« J’ai tout repris : allongement des rotations avec introduction de trois cultures de printemps (tournesol, luzerne, orge), remise de parcelles en herbe, désherbage mécanique… C’est beaucoup de boulot. Sans compter un travail d’observation accru afin de retarder le seuil de déclenchement des pulvérisations d’intrants » Moralité ? « Les agriculteurs n’ont pas de baguette magique, il faut des chartes de bonne conduite et trouver des compromis avec les collectivités »

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